#HF2019 – Au temps des vikings avec Skáld

Vous en avez sûrement déjà entendu parler. Skáld est un trio Français œuvrant dans un neofolk s’inspirant des traditions vikings. Dans la lignée d’un Wardruna, ils emploient des instruments traditionnels et des harmonies vocales en vieux Norrois. Le groupe a sorti cette année son premier album, le chant des vikings. A l’occasion du Hellfest, nous avons rencontré deux des chanteurs du groupe.


Pierrick: Je suis Pierrick, chanteur et instrumentiste dans le groupe Skáld.
Mattjö: Et moi c’est Mattjö, je suis chanteur dans le groupe Skáld.

Est-ce que vous pouvez nous présenter le concept du groupe ?
Pierrick: Nous ne sommes pas un groupe de metal. Nous sommes au Hellfest, mais tu ne trouveras pas dans Skáld de batterie ou de guitare. On est un groupe qui fait revivre une forme de musique Nordique, viking. On utilise des instruments anciens, comme la Talharpa, la Nyckelharpa, les tambours chamaniques, les guimbardes et nos voix. C’est un ensemble vocal avant tout. Nos textes sont issues des Eddas, un recueil de mythologie nordique. On chante en vieux Norrois. On fait revivre les ancienne coutumes paganistes nordiques.

Est-ce que vous prenez le texte tel quel ou est-ce que vous devez l’adapter pour le mettre en musique ?
Pierrick: Les Eddas sont un recueil de poésie ou de prose. On pioche dedans, les textes sont très longs. Notre travail est de les adapter à nos chants. Il y a un travail de traduction et de compilation. On ne les reprend pas tel quels, mais on ne change rien dans la métrique, on respecte le mètre scaldique. C’est surtout un travail d’extrait et d’arrangement.

J’ai entendu dire que le vieux Norrois n’est pas facile à apprendre. Est-ce que ce travail n’a pas été difficile ?
Pierrick: C’est un travail permanent, qui est assez complexe effectivement. On s’est fait aider par Yves Kodratoff, qui est un spécialiste de la question norroise. Et c’est compliqué, car avec le vieux Norrois, c’est quasiment impossible de développer une connaissance de parler courant, puisque les texte sont des textes poétiques. C’est comme si tu apprenais une langue juste à travers des poèmes. Donc, il y a un travail sur la prononciation et sur l’adaptation qui est continu. On continue toujours à le bosser.


Tu fais comment pour apprendre le vieux Norrois ?
Pierrick: Il existe des cours. Il y a des spécialistes, comme le Dr Jackson Crawford qu’on peut voir sur Youtube. C’est un Américain du Colorado qui est un érudit de la question. On passe aussi par l’Islandais moderne, qui est très proche, et par les vieux dialectes Norvégiens. On fait une tambouille à partir de toutes ces sources là. On ne se fie pas à une seule source particulière, parce qu’il y en a plein qui se contredisent sur les prononciation, sur les conjugaisons. Il y a plusieurs vieux Norrois.
Mattjö: Comme les langues vivantes. C’était une langue vivante à l’époque. Comme celles actuelles, il y a plusieurs version, plusieurs dialectes, plusieurs possibilités.
Pierrick: En fonction de la source des textes, on va adapter notre version des choses. C’est notre version, ce n’est pas la vérité. On fait notre truc par rapport à tout ça.
Mattjö: C’est notre choix.
Pierrick: Voilà, c’est notre travail, notre choix.


Vous disiez que vous étiez surtout basés sur les Eddas pour vos textes. Est-ce que vous en avez aussi qui viennent de bien après, comme la manuscrit de Huld ou des choses qui apparaissent plus tard dans l’histoire « Viking », ou au moins de l’Islande ?
Pierrick: Pour l’instant, non. Si tu regardes de près nos textes, c’est beaucoup la Voluspa, le Gylfaginning. Par contre, ce dont tu parles, ca fera des pistes de travail auxquelles on pense pour la suite. On envisage même des choses plus fantasmées que ça. Il y a pas mal de choses par rapport à Hillegoland, à Thulé, des choses comme ça. Ce sont des pistes de travail, on ne sait pas encore trop où on va aller. Mais il n’y a pas que les Eddas, effectivement.Il y a tellement à faire, mais n’en disons pas trop ! (rires)

Vous en profitez aussi pour mettre votre personnalité dans les compositions.
Pierrick: On a les même inspirations que plein de groupes qui développent le même univers. Mais il y a plein de courants différents. C’est comme la musique écossaise et la musique irlandaise. Il y a des similitudes entres les danses et les rythmes, mais il y a quand même des spécificités. Chez les nordiques, c’est la même chose. Entre les musique traditionnelles suédoises du Nord et du Sud, il y a déjà des distinctions. C’est la même chose avec la Norvège, avec l’Islande aussi. On pioche là-dedans et, à partir des sources, on fait notre truc.


Est-ce que c’est la même chose avec les instruments traditionnels ?
Pierrick: Oui, parce qu’on ne se met pas de limite. On utilise des Talharpas, des Nyckelharpas, des tambours chamaniques, des instruments variés qui ne sont pas forcément nordiques non plus, des citoles ou des choses comme ça. Quand on entend quelque chose, on ne se pose pas trop de question, on se fournit, on apprend à s’en servir, on enregistre.

Est-ce que ces instruments ne sont pas trop difficiles à trouver ?
Pierrick: J’ai la chance de vivre à côté de chez un luthier qui s’appelle Jean-Claude Condi qui est à Mirecourt [Ça ne s’invente pas !]. Il est spécialisé dans les instruments nordiques, notamment la Nyckelharpa. Pour le coup, je n’ai pas de problème pour me faire fabriquer les instruments et apprendre à en jouer.

Est-ce que vous arrivez à les emmener en tournée et à les utiliser sur scène ?
Pierrick: Oui, on déplace énormément de matos. C’est un challenge à chaque fois de faire en sorte que ça sonne. Faire un concert, surtout dans un festival comme celui-là, on a une mission compliquée qui est de faire sonner des chants, des musiques, des choses qui prennent des mois à faire en studio. Et là on a une demi-heure pour faire sonner tout ça. Le temps imparti pour monter tout ça est très court.


Je suppose que vous avez des musiciens qui montent avec vous sur scène.
Pierrick: Oui, on est six sur scène. On a un super harpiste et deux percussionnistes qu nous accompagnent. Moi, je m’occupe de toutes les cordes frottées. Mes camarades [Mattjö et Justine] chantent et jouent aussi un peu de guimbarde et de tambours chamaniques. Pour le moment, on est six, mais le but est d’être de plus en plus nombreux sur scène. Ce n’est que le début. Pour l’instant, on a une production qui correspond à notre notoriété, on ne peut pas avoir un budget faramineux à ce stade. Mais le but est de développer tout ça. Déjà, on est en costume, c’est super important pour nous. Ça nous met dans la peu du personnage qu’on est sensés incaner. Skáld, c’est un spectacle, il faut le voir comme une cérémonie, plus que comme un concert habituel.

Le groupe s’appelle Skáld. Est-ce que tu peux me dire quel était le rôle des scaldes dans la société viking ?
Pierrick: J’imagine que tu connais les bardes celtes. Le scalde, c’est un peu l’équivalent du barde chez les vikings. C’est le poète, c’est le Facebook de l’époque ! A travers le scalde se transmet toute une coutume, tout un savoir mythologique. Le scalde est le porte parole d’une mémoire. Le scalde à pour mission d’immortaliser la mémoire d’un homme, d’un dieu. Il transmet un savoir, par voie orale, de génération en génération. Le scalde était très important à la cour d’un jarl ou d’un roi, parce qu’il permettait de faire en sorte qu’on se souvienne de lui. En fonction de ce qu’il allait composer et réciter, on allait se souvenir d’une lignée, d’un événement, d’une légende. Tout passait par lui, les informations, la mémoire, tout.
C’est une chance qu’au XIIIe siècle, il y ait eu Snorri pour compiler tous ces récits. Sinon, ce serait tombé dans l’oubli. C’est pour ce que la mythologie nordique est très importante dans le milieu pagan. S’il n’y avait pas ces Eddas, on en saurait très peu. Et encore, les Eddas sont une infime partie de tout ce qu’il y avait à l’époque ! C’est très riche, les sagas, la poésie scaldique. Ça s’est transmis de génération en génération, les gens ont commencé à les écrire. Tout ça, c’est fantastique ! C’est une source d’inspiration géniale ! Comme le but de notre groupe est de transmettre tout ça par notre musique, le nom est apparu de façon assez logique.

Vous avez le même genre de rôle a votre échelle.
Pierrick: C’est ça. A travers nos chants, les gens s’intéressent à toute cette culture, chose qu’ils n’auraient peut-être pas faite si groupes comme nous n’avaient pas développé la chose. Il y en a d’autres, on n’est pas les seuls à faire ça. C’est le rôle de groupes comme nous de faire revivre et partager tout ça, pour pas que ça tombe dans l’oubli.

Merci beaucoup de nbous avoir accordé du temps.
Pierrick: Skoal ! Merci à vous !
Mattjö: Merci beaucoup et à bientôt !

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