Acyl s’affirme avec son dernier album « Aftermath », interview @Hellfest

Ils sont venus en terre du Hellfest promouvoir, Aftermath, sorti le 1er juin 2016 et distribué par Season of Mist. Amine et Abderrahmane ont élaboré un mélange puissant et intelligent de Metal et musique ethnique algérienne. Une attitude délibérement positiviste et chaleureuse.

Bonjour Acyl !  On a la chance d’avoir ici Abderrahmane et Amine avec nous. Vous êtes ici pour la promotion de votre album Aftermath.
Amine (chant, programmation, guitare) : Oui, tout à fait, Aftermath est sorti le 1er juin 2016. C’est un album qui est un petit peu l’album de confirmation de tout ce qu’on a entrepris depuis 2010 en France.  
Que représente t-il dans votre carrière cet album, carrière débutante et prometteuse ? 
Abderrahmane (guitare, percussions) : En fait, cet album est une des étapes qu’on s‘était fixées au départ  dans notre carrière parce qu’on s’est mis d’accord sur une macro-organisation de ce qu’on va créer, un peu comme un concept-album. Tu vas penser à un concept et arranger tes chansons en fonction de ton concept-là. Nos albums se développent aussi dans un concept qu’on ne dévoilera qu’à la fin (Rires). On a un peu de vision générale de ce qui va se passer dans la carrière d’Acyl pour encore trois albums. Aujourd’hui on est très fiers de venir présenter cette étape-là et j’espère qu’il va plaire et être bien accueilli.
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Je vais résumer un peu le concept, l’idée générale de cet album. Ou ce serait mieux de le faire vous-mêmes ? Puis on approfondira sur la composition et les thèmes.
Amine : Si tu veux c’est un peu la même mécanique que le reste des albums. C’est présenter une culture, une manière de vivre à travers de  la musique. De présenter une région  du monde  avec des côtés positifs, parce que je pense  parce qu’il est très important de présenter des côtés positifs au lieu de rester patauger dans ce qu’on pourrait croiser à droite et à gauche. Pour aller de l’avant, il faut rester positif. Notre principe est de présenter cette région du monde selon tous ses aspects, toutes ses appartenances, ses sensibilités et subtilités. C’est une région qui a été visitée depuis l’Antiquité par nombre de civilisations et nombre de visiteurs. On est passé par les Phéniciens, les Romains, les Gréco-Romains, Byzantins, Arabes, Turcs, Français, Vandales…Et l’album Aftermath, c’est justement un album qui raconte à travers les yeux de neuf personnages historiques ayant vécu en Algérie, tout qu’ils ont réussi, raté, leurs doutes, leurs faiblesses, leurs forces, leurs engagements, un ensemble de faits historiques qui nous présente ce qui fait de l’Algérien ce qu’il est maintenant. Etant Algérien, Acyl nous semble être la conséquence de toute cette chronologie.

Pour illustrer cette thématique, vous utilisez énormément d’instruments traditionnels. Est-ce que ces instruments font partie de l’histoire familiale, dans votre culture? Est-ce qu'après un repas, on va sortir un bouzouki ou est-ce que vous l’avez appris sur le tard au conservatoire ?
Amine : La culture musicale en Afrique du Nord n'est pas trop quadrillée. Il y a certains types musicaux qui sont très quadrillés et qui se transmettent en fonction des familles en fonction des ethnies. Par exemple, le style qu’on appelle l’arabo-andalou, qu’on appelle Andaloussi, c’est une musique très réglementée qui se transmet chez certaines familles et pas toutes, ça dépend du rang social, du rang intellectuel. Il a d’autres musiques plus proches du peuple mais qui appartiennent aussi à ces même  familles qu’on appellerait bourgeoises, telles que le Chaâbi algérois, telle que le Aïssawa du centre, telle que la musique Gnaoua des Touaregs dans le Sahara. Dans l’absolu, tout se transmet de manière spontanée, plus ou moins travaillée, mais ça reste quelque chose qui reste dans notre vie quotidienne. Tu prendrais n’importe quel Algérien, tu lui fais une petite mélodie, tu vas voir qu’il va se mettre à taper (mimique sur le bord de la table basse)…. à te faire de la percu’ spontanément ! Le dernier des derniers a le sens rythmique d’un percussionniste virtuose. Je pense que c’est aussi une caractéristique de la partie Sud du globe terrestre. Tout ce qui vient du Sud est très spontanée, plus tu avances au Nord, plus c’est plus quadrillé, c’est régi par des lois bien fixes. C’est bien aussi mais c’est les deux petites différences qui existent entre le Nord et le Sud.
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Vous vivez en France, il y a aussi des Français d’origine algérienne, est-ce que tu ressens ce côté spontané aussi chez eux, et comment vous êtes accueillis par cette population et les Français au sens large,compte tenu de l’histoire « compliquée » que la France et l’Algérie peuvent entretenir ?
Amine : Sincèrement, pas plus compliquée que d’autres relations entre d’autres personnes qui s’entendent à merveille. La France et l’Allemagne sortent d’une guerre d’il y a  40 ans et c’est un couple de pays qui fonctionne très bien. Le Japon s’est réconcilié avec le monde. Je pense franchement qu’on a tendance à un peu trop compliquer cette relation. Certes, il a y toujours des sensibilités encore un peu à fleur de peau de part et d’autre, mais on veut vraiment aller au-delà de ce genre de situation. On est Algériens, on est nés, grandis et éduqués en Algérie. On vit en France depuis un certain nombre d’années et on évolue en France de façon naturelle, ni on se force ni on force les gens. Et ça se passe très bien. Je pense qu’il y a un certain background commun, comme je te disais auparavant, qu’on peut positiver. On peut avancer tranquillement sans pour autant parler de conflits qui datent d’un certain nombre d’années, non ? C’est beaucoup plus simple et beaucoup plus constructif.
 

Vous insistez énormément sur la perméabilité de tous ces peuples et tout l'apport dans la science, la médecine, l'astrononomie, la philosophie arabo-musulmane… J'ai vu que vous posiez en photo devant l'Institut du Monde Arabe. Ets-ce que vous y êtes accueillis, est-ce que vous vous y documentez ? Qu'est-ce que vous faites dans ce lieu ?

Amine : Je pense que pour se documenter il faut se concentrer sur les circuits parallèles. Les circuits officiels ont tendance à nous donner une version officielle qui reste conincée avec des non-dits. Or dans l'idéal pour avancer, il faut dire les choses. Quant au choix de l'Institut du Monde Arabe (IMA), c'était pour le premier album Algebra, qui parlait de tout ce que la civilisation arabo-berbero-musulmane a apporté au monde moderne, on a trouvé judicieux de faire un peut clin d'oeil à la vitrine de l'IMA qui regroupe pas mal de vestiges et est très représentative de cette civilisation.
Tout à l’heure, tu parlais de spontanéité musicale. Justement, est-ce que c’est quelque chose que vous ressortez sur scène, notamment avec des impros, par exemple ?
Amine : Pour la scène, je t’avouerai qu’on est obligés d’avoir un devoir, de présenter un set conséquent, ça peut paraitre paradoxal : on ne peut pas se permettre de présenter un set où on improvise parce qu’on se dit qu’on a cette responsabilité de représenter quelque chose de manière carrée et très agréable, mais qu'on n’a pas le droit à l’erreur. C’est aussi un sacré risque de s’aventurer sur un terrain expérimental si en plus de ça, on se permettait de faire des impros ou des choses comme ça, ça peut vite partir en vrille et je vais me mettre à danser. Et c’est pas forcément…(Rires) 

Abderrahmane : Effectivement on essaie de bien préparer nos sets et on les travaille beaucoup. Il y a des instruments traditionnels qu’on apporte sur scène et on essaie d’en jouer un maximum. On adapte nos morceaux pour qu’on puisse les jouer en mode guitares/ basse/batterie. Il y a un show vidéo aussi derrière avec lequel on essaie de raconter une histoire. L’improvisation est dans la communication avec le public. Pour être très sincère, on ne prépare jamais ce qu’on va dire au public. Amine intervient avec le public si c’est chaud ou pas, s'il a quelqu’un qui a fait une blague… il peut alors rebondir dessus. On attache beaucoup d’importance à communiquer avec le public, c’est ce qui rend le spectacle vivant. On fait claper dans les mains on fait danser les gens avec nous. Sinon, c’est un set assez préparé, assez carré.
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Petite parenthèse, je me souviens d’un concert de Myrath que vous connaissez certainement, en 2012 ou 2013, ils avaient demandé à un moment de faire asseoir le public au sol. Déjà tu te reposes un peu et là une petite musique est arrivée, puis une danseuse et là… on s’est aperçus que les gens changeaient leur faculté d’écoute, simplement en modifiant leur état corporel et c’était magique. 
Amine : Moi je mes aime beaucoup en tant que personnes, Myrath parce que c’est des gars sympathique et c’est aussi des gens qui défendent une culture, c’est ce qui les rend encore davantage respectables, au- delà des aspects musicaux proprement dits. En tant que musiciens, ce sont tous des virtuoses et ça fait chaud au cœur de voir des gens aussi sincères, aussi authentiques. Même s’ils ne sont pas authentiques par le nom, comme Acyl, parce qu’Acyl  veut dire authentique en arabe.

Justement vu qu’on parle de  Metal « oriental » (exclamations de protestations off), qu’est–ce que vous pensez de cette étiquette? Est-ce que vous vous sentez intégrés à celle–ci ?
Abderrahmane : c’est naturel d’essayer de catégoriser un groupe. Effectivement lorsqu’on parle de fusion des cultures du sud avec le Metal, on parle tout de suite de Metal « oriental ». Sauf que nous, nous avons à cœur de revendiquer le fait que nous sommes Maghrébins. Si tu veux aller jusqu’au bout de l’étymologie du mot « oriental », tu vas aller jusqu’en Chine parce que l’Orient, en tant que tel ça vient de Chine, et tu tapes « oriental Metal  » sur Youtube, tu vas tomber sur des groupes du Cambodge… le terme le plus approprié serait « moyen-oriental ». La culture maghrébine est indéniablement influencée par le Moyen-Orient mais il y a beaucoup d’éléments, difficiles à dénombrer et qui sont locaux, et qui viennent vraiment de la culture de l’Algérie. Nous on s’attèle à dire aux gens que nous faisons de l’ « ethnic Metal » parce que nos sonorités et nos musiques viennent justement d’ethnies qui forment l’Algérie et le Maghreb. Les différentes ethnies sont nombreuses et on a envie de dire qu’il y a aussi du Metal qui vient du Maghreb.

Amine : Au-delà de cela, même parler de « Metal oriental » me gêne, parce que c’est un peu le même principe que distinguer la musique et la "world" musique ? Qui a décidé que la musique, c’était le R’n B et le reste ? et qu’un vieux qui joue un instrument qu’on ne connait pas est considéré comme jouant de la « world musique ». Pourquoi ne parlerait-on pas alors de Metal occidental, de Metal du Nord. Coup de gueule fini ! Au-delà de l’aspect musique, on se fait plaisir aussi. Quand on dit qu’on bosse beaucoup  sur ce genre d’initiatives, il ne faut pas oublier qu’on se fait plaisir. Quand je te parlais tout à l’heure du set, il est carré certes, il n’y a pas beaucoup d’impro certes, mais la notion du plaisir y est. Tu ne peux pas positif en transmettant quelque chose si tu n’as pas de plaisir à le faire, à la présenter. La musique est une thérapie pour tout le monde. Si je vais me mettre à gueuler comme un malade sur scène c’est parce que j’ai faim, du coup j’ai un peu moins faim parce que je suis énervé. Et je peux faire du Céline Dion quand j’ai mangé (Rires).
Abderrahmane : Je ne suis pas du tout d’accord avec cet individu ? d’une part, et d’autre part ce qui nous intéresse en premier lieu c’est montrer des choses positives et entrer dans un cercle vertueux ensuite. On est persuadés que malgré les différences, malgré les désaccords qu’on pourrait avoir sur certains sujets, c’est plus constructif et plus louable de parler de choses sur lesquelles on est d’accord. Et d’avancer dans une bonne direction. Je pense toujours à ce qu’avait dit Albert Einstein à propos des méchantes personnes qui font le mal sur Terre. Ce n’est pas eux le problème. Le problème, c’est les bonnes personnes qui ne font rien ou qui laissent faire. Nous on essaie d’aller dans la direction du positif en n’étant pas juste des acteurs de ce qui se passe de mal. On n’aime pas se plaindre « Ah, il y a des individus ou des minorités qui font n’importe quoi, on se contente pas juste de le déplorer et de dire que c’est dommage. On est convaincu qu’il est important d’apporter sa pierre positive à l’édifice.
Acyl-et-NicoVous avez tourné avec Dark Tranquillity juste un petit groupe comme ça, comment avez-vous été choisis par la bande à Michael Stanne ? Avez-vous candidaté ?
En réalité, on a reçu pas mal de CV. On a reçu celui d’un groupe appelé Dark Tranquillity, on a regardé un peu leur discographie. On s’est dit « Tiens, ils ont l’air vraiment pas mal, ces gars-là !». On a discuté un peu avec eux, ils étaient sympa et on les a acceptés pendant notre tournée. Ils sont exceptionnels humainement parlant. 
Une petite question car la fin approche : quand est-ce que vous allez le porter sur scène, cet album Aftermath ?
Juste après la promo, on va se reposer un peu, prendre quelques petites vacances puis on va préparer le prochain set. On le modifie assez régulièrement et on apporte de plus en plus d’éléments pour essayer de le rendre satisfaisant de notre point de point de vue. La prochaine grosse date va se faire au Divan du Monde à Paris, le 22 novembre, en première partie d’Ihsahn. On va faire une série de concerts jusqu’à la fin de l’année pour roder ce set-là.
Merci beaucoup, Acyl, on vous souhaite une bonne continuation !
Amine et Abderrahmane : Merci beaucoup à vous également !

https://www.youtube.com/watch?v=eB25Qs-Nfh8

Acyl Site officiel www.acyl.fr

Acyl Facebook facebook.com/AcylOfficial

Merci à Roger de Replica Promotion.

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